Grahlf Ambert

Groupe de recherches archéologiques et historiques du Livradois-Forez

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Estivale du 22 juillet 2025 : Grandrif

La centrale hydroélectrique

Le bâtiment, très largement dimensionné, a été construit en un an, entièrement en béton. Au rez-de-chaussée de la centrale, une grande salle abrite trois groupes turbine Pelton-alternateur ; l’opération de maintenance en cours sur les turbines du premier groupe permet de comprendre leur fonctionnement. Les deux anciennes roues en fonte viennent d’être remplacées par de nouvelles en acier inoxydable. Maxence nous fait observer les pointeaux qui règlent le débit, entraînés par servomoteurs. Les groupes sont munis d’un volant d’inertie ; l’accouplement entre la turbine et l’alternateur est réalisé par un dispositif original à cordes. Le démarrage se fait à vide et il faut seulement 4 minutes pour atteindre la puissance nominale.

Centrale hydro-électrique de Grandrif : vue d'ensemble (photo Grahlf/Fr. Chommy)

Le groupe d’une trentaine de personnes se constitue sur la place de Grandrif avant de se rendre à pied à la centrale électrique à la sortie est du bourg. Nous y rencontrons Maxence, responsable d’exploitation, qui nous guidera, et trois autres membres de la société Aventron, qui suivront la visite, notamment Sandrine, assistante de direction et Serge, exploitant local, gardien du site. Cette société possède 18 centrales situées dans la moitié est de la France, de Lunéville aux Alpes et jusque dans l’Aude. L’équipement de Grandrif a été réalisé dans les années 1930 par une société stéphanoise afin d’alimenter en électricité 14 communes jusqu’à Ambert, dans le Livradois et le Forez. Il comprend la centrale mise en service en 1934, alimentée par une conduite forcée souterraine de 5 km de longueur, et le barrage de Grandrif, achevé en 1940 ; une deuxième centrale moins puissante a été installée en aval, au Grand Barot, au début des années 1960. Grâce à une puissance installée de 2500 kVA, l’ensemble peut produire 6000 MWh par an et fournir le courant à 2000 foyers.


Le bâtiment, très largement dimensionné, a été construit en un an, entièrement en béton. Au rez-de chaussée de la centrale, une grande salle abrite trois groupes turbine Pelton-alternateur ; l’opération de maintenance en cours sur les turbines du premier groupe permet de comprendre leur fonctionnement. Les deux anciennes roues en fonte viennent d’être remplacées par de nouvelles en acier inoxydable. Maxence nous fait observer les pointeaux qui règlent le débit, entraînés par servomoteurs. Les groupes sont munis d’un volant d’inertie ; l’accouplement entre la turbine et l’alternateur est réalisé par un dispositif original à cordes. Le démarrage se fait à vide et il faut seulement 4 minutes pour atteindre la puissance nominale.


La seconde salle, à l’arrière, abrite les armoires de régulation et les transformateurs qui élèvent la tension des alternateurs (3000 V) à la tension du réseau (20 000 V). Le fonctionnement est autonome (non lié aux centres de pilotage EDF) et la régulation fait appel aux informations fournies par les capteurs du barrage et aux besoins du réseau. En pratique, la production se concentre sur les mois de novembre à mars. La retenue du barrage pallie en partie les périodes de faible débit, un marnage de 13 m donne une réserve importante sachant qu’une hauteur d’eau de 6 m doit être conservée au minimum pour un fonctionnement correct. La production annuelle varie cependant du simple au double entre les années sèches et les années pluvieuses.


Nous montons ensuite à l’étage qui était à l’origine le local de commande de la centrale, offrant une vue plongeante sur la salle des groupes. A l’avant sont placés les trois pupitres qui dirigeaient le fonctionnement de ces derniers, et à l’arrière les tableaux de répartition du courant par lignes avec leurs appareils de mesure et de réglage. Ces tableaux en marbre restés intacts depuis la dernière guerre présentent un grand intérêt technique et esthétique. La tension du réseau était différente selon le secteur desservi : 10 000 V pour Grandrif, 20 000 V pour Ambert, 30 000 V pour St-Romain-le-Puy (alimentation de la verrerie). Des documents d’époque sont exposés dans cet espace, notamment des agrandissements de cartes postales des années 1940-1970. Le dialogue qui s’établit avec notre guide et le personnel aborde des questions générales sur la production d’énergie : quelle est la place de l’énergie hydraulique aujourd’hui ? quelles sont les possibilités de production à petite échelle ? ce secteur est-il mis en valeur comme il pourrait l’être ?

Le Moulin de la Passerelle

Une dizaine de participants nous ayant rejoints, nous sommes accueillis par Christine Miller, propriétaire du moulin, et nous nous installons pour le pique-nique avant la première visite en demi-groupe. En début d’après-midi, Christine présente le site, son historique lacunaire et ses multiples utilisations, puis le premier groupe commence la visite.

Arrivés au niveau inférieur du bâtiment, nous découvrons les arbres de transmission et une section de la conduite forcée qui alimentait la turbine. La dynamo qui servait à éclairer l’établissement et l’habitation a été préservée, ainsi que son tableau en marbre avec ses appareils. A l’extérieur, sous un appentis, la turbine anglaise type Turgo, modèle de fabrication locale, est restée en place ; elle a fonctionné jusqu’à l’installation d’un moteur électrique lors de la construction de la centrale du Grand Barot qui a privé de chute d’eau les moulins sur le parcours de sa conduite.

Grandrif : Moulin de la Passerelle. Vue d'ensemble (photo Grahlf/F. Robert).

Par une trappe dans le plancher de la salle qui a servi d’entrepôt pour les sacs de produits, nous apercevons la conche du battoir (auvergnat mailh ), découverte sous les gravats au niveau de la rivière, trace d’un usage très ancien. Entrés dans le troisième niveau de la minoterie attenant à la salle précédente, nous sommes frappés par la faible hauteur sous plafond, qui rendait sans doute pénibles les conditions de travail. A la fin de l’activité, le matériel a été démantelé, pratique habituelle lors de la cession du contingent de mouture. La seule machine encore présente à ce niveau est la brosse à blé qui nettoyait le grain. La chambre à farine et la bluterie ont été en partie démontées, mais il reste des conduits en bois et des bouches d’ensachage portant des sacs au nom du meunier Gayard. Descendant d’un étage, nous nous trouvons dans la salle de mouture où subsiste un seul des quatre appareils à cylindres de marque SOCAM.

Le groupe remonte ensuite la pente vers le petit bâtiment attenant à l’habitation, ancien moulin à farine qui a connu plusieurs usages. Il a abrité aux 18e-19e siècles une fabrique artisanale d’épingles ou épinglerie, attestée par les recherches de J.-L. Boithias, d’où le nom patois du lieu : « chez l’ipieuneï ». Nous y observons le grand arbre généalogique établi par un descendant de la famille Berthéol, épingliers, et permettant de remonter à la fin du 17e siècle. On est réduit à des conjectures sur l’activité pratiquée ici, dont le processus est décrit dans un volume de L’Encyclopédie. En tout cas elle était liée à la fabrication locale de la dentelle ; des carreaux de dentellière sont présentés ici, avec leurs épingles et leurs fuseaux. Le local aurait ensuite été transformé en un petit moulin à farine dont il reste une paire de meules, le beffroi en charpente et tout le mécanisme d’entraînement comprenant encore une turbine anglaise à l’extérieur, remplacée par un moteur électrique au sous-sol. Au milieu du 20e siècle, le meunier y moulait des céréales secondaires pour l’alimentation du bétail. Il avait aussi installé une petite scie à ruban dans l’atelier où les outils et le matériel ont été laissés en place comme si le travail avait cessé la veille. A cette époque la minoterie avait atteint son dernier stade de modernisation, avec l’ajout d’un local de réception des sacs, transférés vers le bâtiment principal par une passerelle qui a donné son nom au gîte. La rénovation y a logé une chambre de chaque côté de cette passerelle, de manière très astucieuse. Nous nous retrouvons alors devant la maison, avant de monter à pied en direction de la source de la Jarpe.

Comptes-rendu de Jean Game

Les Sources de la Jarpe

C’est Monsieur Jackie Laurent qui nous présente le site.

Grandrif. La Jarpe : vue de l'accès à la source (photo Grahlf/F. Robert).

C’est en 2018 que l’association « Les Amis de Grandrif » en a fait l’acquisition. Il était alors très détérioré : la voûte était éventrée (on ne voyait pas la source), et une très épaisse couche de boue recouvrait tout ; c’était une friche. Les membres de l’association ont entrepris le déblaiement du site, et, après des mois d’un travail éprouvant, en octobre 2018, l’un d’entre eux dit avoir senti un tuyau en terre cuite au bout des doigts. Après dégagement, ils avons vu de l’eau propre qui s’en échappait… Ce tuyau est aujourd’hui visible, au-delà de la porte identifiant la source, derrière la grille qui protège le captage.

Les analyses annuelles de l’eau de la Jarpe eau perlée, effectuées au Laboratoire départemental de la Part-Dieu (Clermont-Ferrand) indiquent une grande stabilité. Sa teneur en fer est élevée (si l’eau de la Jarpe était commercialisée, il faudrait la filtrer) ; toutefois, elle diminue un peu : le fer s’étant accumulé durant le siècle et demi durant lequel le captage a été bouché, il est normal qu’il s’atténue depuis sa réouverture. Et les visiteurs ne manquent pas qui reconnaissent ses vertus médicinales.

Il n’a pas été possible de reproduire les bouteilles de l’eau de la Jarpe dont il reste peu d’exemplaires. Elles étaient autrefois fabriquées dans une verrerie de Rive-de-Gier dans la Loire : il fallait 3 jours aux carrioles à cheval pour effectuer le parcours.

Les travaux effectués sur le site, en partie financés par la Fondation du Patrimoine, ont été confiés à des artisans locaux

Compte-rendu de Françoise Robert