Viverols (F. Chommy - GRAHLF)
Viverols (F. Chommy – GRAHLF)

Estivales 2022-Aux confins de l’Auvergne et du Forez

Le 20 août 2022, c’est entre le Puy-de-Dôme et la Loire que s’est déroulée l’Estivale du Grahlf.

Viverols

Le château de Viverols (photo F. Robert / Grahlf)

Le château de Viverols est le plus important vestige de l’architecture militaire féodale de la région d’Ambert. Cette importance apparaît dans le travail du GRAHLF : une visite des lieux en juillet 2008, plusieurs articles sur le site de Viverols dans le hors-série de 1993 (n° 20) des Chroniques Historiques du Livradois-Forez
Ce samedi d’août 2022, le groupe se réunit devant la porte du château où il fait la connaissance de son guide, le père des actuels propriétaires, qui raconte l’histoire du site. L’importance de Viverols s’explique par sa situation géographique, puisque le site marque une frontière établie depuis longtemps : entre les Arvernes et les Ségusiaves dans l’Antiquité, entre la Francie et la Lotharingie lors du partage de l’empire carolingien et entre le Forez et l’Auvergne au Moyen-Âge.
La plus ancienne mention de Viverols est celle d’une charte du XIIe siècle, par laquelle l’évêque de Clermont, Guillaume de Baffie, avant de partir pour les Croisades, avait fait don aux moines de Sauxillanges de la manse du Puy (où sera édifié le château). Notre guide a par ailleurs fait une lecture d’une traduction française (l’original étant en latin) de cette charte.

Le château de Viverols : blason (photo Fr. Chommy / Grahlf).

La famille de Baffie est à l’origine du château, construit sans doute au XIIIe siècle lors d’une guerre de succession entre Guillaume III de Baffie et Guy IV de Forez. En effet, Guillaume avait épousé Eléonore, la demi-sœur de Guy, née d’une première noce de Guy III de Forez. À la mort de ce dernier, Guillaume, considérant la répudiation de la première femme de Guy III comme illégale, et par conséquent Guy IV comme un enfant illégitime, revendique pour son épouse, seule enfant de la première noce de Guy III, le comté de Forez. Toutefois, seule la partie Nord du château comporte des éléments du XIIIe siècle, les parties centrale et Sud datant plutôt des XVe et XVIe siècles. La famille de Baffie tombe en quenouille avec la fille d’Eléonore et de Guillaume III, elle aussi prénommée Eléonore et épouse du comte d’Auvergne. L’arrière-arrière-petite-fille d’Eléonore de Baffie, Jeanne d’Auvergne, comtesse d’Auvergne et dame de Viverols, deviendra reine de France en épousant en deuxième noce Jean II le Bon. Son fils étant mort sans enfant, l’héritage passa à un cousin, Jean Ierd’Auvergne, puis au fils de ce dernier, Jean II dit le Mauvais Ménager. Au XIVe siècle, Jean II d’Auvergne vend dans des conditions plus que douteuses Viverols à Morinot de Tourzel, un protégé du duc de Berry. Les Tourzel font de nombreux travaux à Viverols, en particulier Christophe de Tourzel. D’ailleurs, c’est le blason de cette famille qui figure au-dessus de la porte d’entrée. En 1665, les Tourzel échangent Viverols avec la famille d’Aureilhe. Ensuite, le château entre par mariage dans le patrimoine de la famille de Montagut-Bouzols. À la Révolution, le château est vendu comme bien national et sert un temps de prison pour les prêtres réfractaires. Après diverses péripéties, le château est acheté par la famille Blot en 2003 puis récemment par les propriétaires actuels. L’objectif de ces derniers est de mieux faire connaître le château et de préserver les vestiges existants, en débroussaillant les murs et en les consolidants si nécessaire.

Une fois l’historique fait, le groupe pénètre dans la première cour du château en passant par la porte qui garde les traces d’un ancien pont-levis. (Les photos sont interdites à l’intérieur de l’enceinte du château). Le côté Nord du château est le mieux défendu en raison du relief moins désavantageux pour l’assaillant : il reste aujourd’hui encore deux tours sur cette façade et les fondations d’une troisième. Il y avait très probablement deux autres tours sur le mur Nord. Les Tourzel ont construit à l’Ouest et au Sud deux corps de logis. La première cour est séparée d’une autre cour par un édifice de plan polygonal datant de la fin du XVe siècle.
Autrefois ce bâtiment n’était pas isolé, il était rattaché aux constructions du Sud et un passage voûté donnait accès à la seconde cour. À la fin du XIXe siècle, les logis Sud ont brulé et ne sont donc plus visibles.

Le groupe entre ensuite dans la porterie, un bâtiment de trois niveaux construit au Sud de la porte et surmonté par une échauguette à son angle Sud-Est. Sur le mur Ouest, on note l’emplacement d’une immense cheminée. Ce mur, entièrement remonté à la suite d’un effondrement récent, garde l’amorce d’un escalier en vis en son milieu. Puis le groupe revient dans la première cour où notre guide montre des photos d’une maquette de Louis Terrasse, représentant le château dans l’état qu’il aurait eu s’il était resté à l’abri des épreuves du temps.
La deuxième cour comporte au centre un puits, qui portait des blasons sculptés que l’érosion de la pierre ne nous permet plus de voir. Les logis sont construits sur au moins trois niveaux au Sud et à l’Ouest de la cour, l’un dédié à la garnison et aux réceptions et l’autre au seigneur en personne. Ces deux logis étaient conjointement desservis par un grand escalier à vis. Une galerie voûtée longeait la cour au Sud pour relier les logis à la chapelle. Le groupe continue sa visite en traversant la deuxième cour en direction du Nord et s’arrête au pied d’une tour dans laquelle il n’est pas possible d’entrer. Cette tour, comme sa sœur, possède des salles voûtées, et un escalier est construit dans l’épaisseur des murs pour relier les étages. Pour rejoindre la sortie, le groupe longe le rempart Est.

Viverols : le village ancien (photo Fr. Robert / Grahlf)

Le point de rendez-vous pour la visite du bourg de Viverols est la place devant l’église. Le groupe s’y rend à pied. Là, un nouveau guide, Monsieur Yves Bianchet, nous prend en charge. L’église actuelle date du XIXesiècle, l’ancienne, située non loin de la mairie, ayant été détruite à la Révolution. La mairie loge dans la maison dite Granet, du nom de la famille de notables qui l’habitait. Cette famille a joué un rôle avec Jean Granet durant la Révolution mais est surtout connue pour son petit-fils Hector Granet, qui sera évoqué plus loin. Il y avait une chapelle de pénitents blancs, mais il n’en reste aucun vestige. S’ensuit une déambulation dans un dédale de ruelles étroites et pentues, qui permet de voir les restes d’une tour dans la montée du château, et des maisons avec des noms évoquant l’histoire de Viverols : le prieuré, la maison des archers, la maison du bailli, … même s’il n’est pas certain que les noms soient en rapport avec l’histoire réelle des lieux qu’ils désignent aujourd’hui. Sur la maison dite du bailli, on remarque la sculpture d’une tête et la gravure d’une coquille Saint-Jacques qui rappelle que Viverols fut autrefois une ville étape sur la route de Saint-Jacques de Compostelle.

Cette déambulation se termine sur la place devant l’église, mais pas la visite : le groupe part en direction du cimetière pour voir le mausolée Granet et l’ancienne  » chapelle « – musée. Hector Granet est à l’origine de ces deux lieux. Pour que son père, Cumin, demeure après son décès, la dépouille de celui-ci fut placée dans une cuve remplie d’alcool. Le couvercle de la cuve présentait un hublot permettant à Hector de voir son père. Parfois, le fils allait jouer de l’accordéon à son père. Le mausolée sera muré après le décès d’Hector.
Hector Granet avait constitué une collection d’objets en lien avec l’histoire locale. Pour la présenter, il a fait construire avec les pierres de la chapelle du château, tout près du cimetière, un musée. Aujourd’hui, le bâtiment est vide et très abîmé, ses collections ayant été dispersées par les héritiers d’Hector. Devenu propriété de la mairie, il attend d’être restauré et seule la toiture est refaite. Un article avait été publié en 2004 dans les Chroniques Historiques du Livradois-Forez sur quelques objets provenant de cette collection.

Compte-rendu de Erwann Rolhion

Marols

Petit village de la Loire (443 hab) se trouvant au Sud des Mts du Forez, Marols est situé à flanc de coteau sur un replat surplombant de ses 821 m d’altitude la plaine du Forez.
Le nom du village aurait des racines celtiques : maros (= grand) et ialo (= clairière). Marols : grande clairière. Son occupation est très ancienne : on a retrouvé des traces d’activités remontant à la Préhistoire.

C’est au Moyen Âge que Marols s’est développé grâce à la proximité de la voie Bolène, l’ancienne voie militaire romaine, reliant Lyon à Toulouse et Bordeaux. Cette voie était utilisée par les pélerins et les marchands qui se rendaient au Puy-en-Velay et à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Le 2e facteur de son développement est à mettre au compte des moines bénédictins de Saint-Romain-le-Puy qui s’y s’établissent au XIe siècle : ils créèrent un prieuré doté d’une petite chapelle et mirent en valeur les terres qui leur avaient été octroyées.

Les XIIe et XIIIe siècles furent des siècles de « prospérité », mais le déclin de Marols s’amorça avec les crises du XIVe siècle provoquées par la Guerre de Cent Ans (pillages) et par la Peste Noire. Afin de protéger le village, les moines firent construire une enceinte et fortifièrent l’église.
Durant les Guerres de Religion, en 1562, Marols subit l’assaut des troupes protestantes du baron des Adrets qui pillèrent le village et incendièrent plusieurs maisons et l’église. Marols ne fut plus qu’un petit hameau agricole, vivant en quasi autarcie. Les travaux nécessaires à la restauration de l’église ne furent entrepris qu’au XIXe siècle : après bien des vicissitudes, la restauration ne fut achevée qu’en 1973.
Labellisé « village de caractère » en 2011, Marols est devenu depuis 2013 village d’artistes (peintres, sculpteurs…) qui y exposent leurs œuvres.

Marols : église Saint-Pierre (photo P. Terras/Grahlf)

L’église Saint-Pierre actuelle était à l’origine une modeste église romane à nef unique construite au XIIe siècle par les moines du prieuré et agrandie aux XVe, XVIe et XVIIIe siècles principalement. Le portail, très sobre et flanqué de contreforts, qui lui donne accès, a été rajouté au XVIe siècle. Au XIXe siècle, un clocher carré a été édifié sur la 1ère travée avec, à l’étage, des baies géminées, et le toit de l’église a été abaissé d’environ 2 m, comme le montre la marque d’un ancien niveau de toiture sur le clocher-tour.

La caractéristique fortifiée de l’église est bien visible sur sa façade Sud avec :
– la tour (20 m de haut) construite au dessus du chevet, véritable donjon : couverte d’un toit à 4 pans, elle est renforcée de 2 contreforts à chaque angle, et de 2 arcades de plein cintre sur les côtés ; ces arcades, reposant à la fois sur les contreforts et sur des lésènes sur consoles, supportent des mâchicoulis et un garde-corps crénelé.
– les murs gouttereaux de la nef qui sont doublés par trois arcs en plein cintre supportant des assommoirs.
NB: les machicoulis et autres assommoirs ont été rendus inutiles après la construction des chapelles latérales
À l’intérieur, la nef centrale est bordée de chapelles et compte 4 travées, la 1ère étant surmontée d’une tribune. Les voûtes de plein cintre, plus anciennes, laissent place aux voûte d’ogives utilisées dans la 1ère travée et dans les chapelles latérales.
Le choeur, très simple, est séparé de la nef par une poutre de gloire en fer forgé portant le Christ en croix.
De part et d’autre du chœur, il y a 2 chapiteaux romans reposant sur des colonnettes : ils appartiennent probablement à la 1ère église romane. Les personnages seraient des pasteurs d’un côté, le Christ de l’autre.
Parmi les vitraux :
dans le choeur→ « L’arrivée de la colombe de la paix » réalisé en 1994 ;
à l’entrée, à droite →vitrail évoquant le STO commandé par les marolais prisonniers.

Compte-rendu de Françoise Robert

L’église de La Chaulme

Nous sommes à l’emplacement du château qui a appartenu aux sires de la Roue.
La porte par laquelle nous allons pénétrer à l’intérieur de l’église (inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1982) était celle qui permettait aux châtelains d’accéder à leur chapelle castrale.
Sur les hautes terres dénudées de la limite orientale du département, à près de 1100 m d’altitude (en préceltique, le terme  » calma «  servait à désigner ces plateaux nus), à l’arrivée de la féodalité en Vallorgue, un lieu fortifié fut construit qui devint château. De l’époque du château, il ne reste que la nef de la chapelle et deux travées voûtées en plein cintre que l’on peut dater de la fin du XIe siècle. Les gens du pays venaient y entendre la messe et entraient par la porte Ouest qui fut condamnée en 1807.
Les seigneurs de la Roue firent un don à la Chaise-Dieu pour l’établissement d’un petit prieuré sans doute sous l’abbatiat de Jourdain de Montboissier (1146-1157). En 1160, on comptait un prieur et six moines. L’église était placée sous le vocable de Saint Jean-Baptiste. Centre de l’administration casadéenne pour le Vallorgue, il eut sous sa dépendance les petits prieurés de Saillant et Usson-en-Forez. Le prieur nommait aux cures de Saillant, La Chapelle en Lafaye, Eglisolles, Saint-Romain, Apinac, Saint Pal en Velay et Usson. Mais il devait composer avec les seigneurs de la Roue avec lesquels il partageait les droits de justice.
Le bourg s’est construit autour du prieuré.
Guillaume, fils cadet d’un seigneur de la Roue fut prieur de La Chaulme en 1257 puis comte-évêque du Puy en 1263. Bertrand de la Roue et son épouse, Armand III et son petit-fils élirent La Chaulme pour leur sépulture.

La Chaulme : église St Jean Baptiste (photo F. Chommy/Grahlf)

L’église a été fortifiée aux XIIIe et XIVe siècles (guerres locales, guerre de Cent Ans) et surélevée au XVe (guerres de Religion). Le transept et le chœur bien que de style roman ne datent que du XVIIe siècle. Les chapelles qui ferment les bras du transept furent ajoutées en 1710 pour la chapelle de la Vierge, et en 1832 pour celle du Sacré-Cœur. Cette église eut beaucoup à souffrir de la Révolution qui la laissa dans un état de grand délabrement. Elle se releva après 1814. L’autel fut refait en 1833, la sacristie en 1835.
À l’intérieur se trouvent un Christ de tradition romane et une statue en bois peint,  » Notre-Dame du Prieuré « .
En ressortant, on retrouve sur la façade sud les restes de l’ancienne corniche, et les sculptures de sept modillons : grain, beurre, saucisson, jambon, œufs, fourme, foin.
En faisant le tour, on peut mieux distinguer l’ajout des chapelles de 1710 et 1832, et la surélévation de l’église, on voit aussi la porte des fidèles, murée en 1807. Le clocher datant de 1666 a été démoli à la Révolution et reconstruit en 1865 et pourvu de ses trois cloches. De 1865 date également la Croix de pierre sur la place.

Compte-rendu de Colette Omerin

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